Feuilleton · L'épargne sans prise de tête : par où commencer quand on part de zéro / Épisode 2
Livret A, LDDS, LEP : le trio de base pour ne rien perdre
10 juillet 2026
Précédemment
Dans l’épisode 1, on a vu que l’épargne n’est pas réservée aux riches : même quelques euros par mois suffisent pour démarrer. Le principe du « se payer en premier » — mettre de côté avant de dépenser, même une toute petite somme — est la clé pour prendre l’habitude. Aujourd’hui, on passe à l’étape suivante : où mettre cet argent en premier lieu ?
Vous avez décidé de mettre de l’argent de côté chaque mois. Très bien. Mais concrètement, vous le posez où ? Sur votre compte courant, il dort sans rapporter un centime — et il est tentant d’y puiser. Il faut un endroit séparé, sûr, qui rapporte un peu, et où vous pouvez récupérer votre argent si une urgence surgit.
C’est exactement ce que sont les livrets réglementés : des comptes d’épargne dont les règles (taux, plafond, fiscalité) sont fixées par l’État, pas par votre banque. Résultat : les conditions sont identiques partout, et vous ne pouvez pas vous faire avoir par les petites lignes.
Le trio incontournable pour débuter, c’est le Livret A, le LDDS et le LEP. Voici tout ce qu’il faut savoir.
Le Livret A : le point de départ universel
Le Livret A, c’est le livret que tout le monde peut ouvrir, dès la naissance, dans n’importe quelle banque. Pas de condition de revenus, pas de frais, pas de paperasse compliquée.
Ce que ça rapporte aujourd’hui : 1,50 % par an, nets. « Net » veut dire qu’il n’y a aucun impôt à payer dessus — ni impôt sur le revenu, ni prélèvements sociaux. Ce que la banque vous affiche, c’est ce que vous touchez réellement.
Le plafond : vous pouvez déposer jusqu’à 22 950 €. Au-delà, la banque refusera les versements. Mais les intérêts déjà accumulés peuvent continuer à s’ajouter même si ce plafond est atteint.
L’argent est disponible immédiatement, 24h/24. Ce n’est pas un placement bloqué : vous pouvez retirer en quelques clics si votre voiture tombe en panne un dimanche soir.
Exemple concret : Marie a 500 € d’économies. Elle les pose sur un Livret A plutôt que sur son compte courant. Au bout d’un an, elle a gagné 7,50 € d’intérêts sans rien faire. Ce n’est pas une fortune, mais c’est toujours mieux que zéro — et surtout, cet argent est « hors de portée » psychologiquement, ce qui l’aide à ne pas le dépenser.
À qui s’adresse-t-il en priorité ? À tout le monde. C’est le premier livret à ouvrir si vous n’en avez pas encore. C’est votre matelas de sécurité : 3 à 6 mois de dépenses à mettre là, disponibles au quart de tour.
Le LDDS : le complément naturel du Livret A
Le LDDS — Livret de Développement Durable et Solidaire — est le petit frère du Livret A. Même taux (1,50 % net), même fiscalité (0 %), même disponibilité immédiate.
La seule différence : son plafond est de 12 000 € au lieu de 22 950 €, et il est réservé aux majeurs (18 ans et plus).
Une particularité sympathique : votre banque peut vous proposer de flécher une partie de l’argent vers des associations ou des projets solidaires. Ce n’est pas obligatoire et ça ne change pas votre rendement — c’est juste une option.
Quand l’ouvrir ? Dès que votre Livret A est bien alimenté. Si vous avez déjà 22 950 € sur votre Livret A (le plafond), le LDDS est le débordement naturel. Mais même avant d’atteindre ce plafond, certaines personnes préfèrent répartir leur épargne de précaution sur deux livrets pour mieux s’organiser mentalement — un pour les urgences, un pour les projets.
Important : vous ne pouvez détenir qu’un seul Livret A et qu’un seul LDDS. Si vous en avez deux par erreur (après un changement de banque, par exemple), vous êtes hors-la-loi et devez régulariser.
Le LEP : la pépite méconnue pour les revenus modestes
Voilà le livret dont on parle trop peu, et c’est dommage. Le Livret d’Épargne Populaire est, de loin, le placement sans risque le plus rentable disponible en France aujourd’hui.
Le taux : 2,50 % net depuis le 1er février 2026. C’est 1 % de plus que le Livret A, à fiscalité identique (0 %). Sur 10 000 € placés pendant un an, ça représente 250 € d’intérêts nets contre 150 € sur un Livret A. La différence est réelle.
Le plafond : 10 000 € par personne. Un foyer peut avoir deux LEP au total (un par contribuable du foyer).
La condition d’accès : il faut avoir des revenus en dessous d’un certain seuil. La banque vérifie ça automatiquement auprès de l’administration fiscale (la DGFIP) : vous n’avez pas à fournir vous-même vos bulletins de salaire. Le versement minimum pour l’ouvrir est de 30 €.
Les seuils exacts ne figurent pas dans nos données du jour, mais votre banque peut vérifier en quelques secondes si vous êtes éligible — il suffit de demander. Environ 18 millions de Français sont éligibles, et seulement la moitié ont ouvert un LEP. Si vous pouvez en avoir un, ne passez pas à côté.
Exemple concret : Thomas est employé, célibataire, revenus modestes. Il a 3 000 € d’économies. Plutôt que de les laisser sur son Livret A à 1,50 %, il ouvre un LEP et y transfère la somme. Il gagne 75 € d’intérêts nets la première année au lieu de 45 €. Chaque année qui passe, l’écart s’accumule.
À noter : le LEP, le Livret A et le LDDS sont tous les trois disponibles à tout moment. Pas de durée minimale, pas de pénalité de retrait. C’est de l’épargne liquide, au sens propre du terme.
Quel livret ouvrir en premier ? Le guide selon votre situation
Voici un résumé pratique, sans chichi :
Vous avez moins de 25 ans ? Certaines banques proposent aussi un Livret Jeune (taux au moins égal au Livret A, plafond de 1 600 €). C’est un bon complément pour les petits montants, mais commencez d’abord par le Livret A pour la solidité.
Vous avez des revenus modestes ? Vérifiez immédiatement votre éligibilité au LEP. C’est votre priorité numéro un. Ouvrez-le en premier, remplissez-le jusqu’au plafond de 10 000 €, puis débordez sur le Livret A.
Vos revenus dépassent les seuils du LEP ? Le Livret A est votre point de départ. Commencez à le remplir. Quand il approche des 22 950 €, ouvrez un LDDS pour continuer.
Dans tous les cas : ces trois livrets constituent votre « fond de sécurité ». L’objectif est d’y mettre l’équivalent de 3 à 6 mois de dépenses courantes — cette somme doit rester là, disponible, pour les coups durs. Ce n’est pas de l’argent pour faire fructifier, c’est de l’argent pour dormir tranquille.
Une fois ce matelas constitué, on peut commencer à penser à aller plus loin. Et c’est précisément ce qu’on verra dans le prochain épisode.
Ce qu’on a vu
- Le Livret A (1,50 % net, plafond 22 950 €) est le livret universel à ouvrir en premier : accessible à tous, sans conditions, argent disponible immédiatement.
- Le LDDS (1,50 % net, plafond 12 000 €) est le complément naturel pour les majeurs, une fois le Livret A bien alimenté.
- Le LEP (2,50 % net, plafond 10 000 €) est la meilleure option sans risque qui existe, réservée aux revenus modestes — si vous y avez droit, c’est votre priorité absolue.
- Ces trois livrets partagent les mêmes atouts : fiscalité à 0 %, capital garanti, retrait à tout moment.
- La stratégie de base : remplir ces livrets jusqu’à constituer 3 à 6 mois de dépenses en épargne de précaution, avant de penser à quoi que ce soit d’autre.
Demain
Votre matelas de sécurité est en place. Et maintenant ? Une fois qu’on a ses livrets bien garnis, vient la question que tout le monde finit par se poser : est-ce que mon argent pourrait travailler encore plus fort pour moi, sans que je passe mes nuits à surveiller les marchés financiers ? Dans l’épisode 3, on ouvre la porte d’un outil méconnu des débutants mais adoré des initiés : le PEA, le Plan d’Épargne en Actions. On verra pourquoi son avantage fiscal change complètement la donne — et comment s’y prendre simplement, même si vous n’avez jamais acheté une seule action de votre vie.
Valide tes acquis
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