Feuilleton · Fiscalité de l'épargne : ce que l'État prend vraiment sur tes gains / Épisode 2
Livrets d'épargne : lesquels sont vraiment exonérés (et lesquels ne le sont pas)
31 juillet 2026
Précédemment
Dans l’épisode 1, on a posé les bases : quand ton épargne génère des gains, l’État prélève en deux temps — l’impôt sur le revenu (IR) et les prélèvements sociaux (PS). Le Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU) à 30 % est le régime par défaut sur la plupart des placements. Mais il existe des exceptions importantes — et les livrets d’épargne en font partie.
Aujourd’hui, on entre dans le concret : quels livrets échappent vraiment à la fiscalité, lesquels n’y échappent pas, et ce que ça change sur ton argent.
Imagine que tu ranges ton argent dans différentes boîtes. Certaines boîtes sont « protégées » : ce que tu y gagnes reste entièrement à toi. D’autres boîtes sont « taxables » : l’État passe récupérer sa part à la fin de l’année. Le problème, c’est que de l’extérieur, toutes ces boîtes s’appellent « livrets ». Et c’est là que la confusion commence.
Faisons le tour.
Les livrets vraiment exonérés : Livret A, LDDS et LEP
Ces trois livrets ont un point commun majeur : les intérêts qu’ils produisent sont totalement exonérés d’impôt sur le revenu ET de prélèvements sociaux. Zéro. L’État ne prend rien sur tes gains.
Le Livret A rapporte actuellement 1,70 % par an (taux relevé au 1er août 2026, valable jusqu’au 31 janvier 2027). Son plafond de dépôt est de 22 950 €. Si tu déposes 22 950 €, tu touches environ 390 € d’intérêts dans l’année. Ces 390 € sont entièrement à toi — pas un centime prélevé.
Le LDDS (Livret de Développement Durable et Solidaire) fonctionne exactement comme le Livret A : même taux de 1,70 %, même exonération totale. Seul changement : le plafond est de 12 000 €. En pratique, un couple peut avoir deux Livrets A (un chacun) et deux LDDS — soit une épargne exonérée potentielle de 69 900 €.
Le LEP (Livret d’Épargne Populaire) est le plus généreux des trois : 2,50 % net, totalement exonéré, plafonné à 10 000 €. La formule mathématique officielle aurait donné 2,20 %, mais la Banque de France a décidé de maintenir 2,50 % volontairement — un « coup de pouce » explicite en faveur des ménages modestes. Car il y a un bémol : le LEP est réservé aux personnes sous conditions de ressources. Si tes revenus dépassent un certain plafond (à vérifier sur service-public.fr selon ta situation familiale), tu n’y as tout simplement pas accès.
Pourquoi l’État exonère-t-il ces livrets ? Ce n’est pas de la générosité pure. C’est un deal : en échange de l’exonération fiscale, l’État plafonne les taux. La Banque de France fixe le taux selon une formule, et personne ne peut faire mieux. L’État renonce à ses recettes fiscales sur ces produits, mais il s’assure que les taux restent « raisonnables » — et que l’argent collecté finance des missions d’intérêt général (le logement social pour le Livret A, la transition énergétique pour le LDDS).
Le livret bancaire classique : le loup dans la bergerie
Le livret bancaire ordinaire — appelé « super livret », « livret plus », « livret épargne » selon les établissements — ressemble à un Livret A. Même interface, même logique de dépôt-retrait. Mais fiscalement, c’est une autre planète.
Les intérêts d’un livret bancaire classique sont soumis au PFU de 30 % (12,8 % d’impôt sur le revenu + 17,2 % de prélèvements sociaux). Si ton livret rapporte 100 € d’intérêts bruts, il t’en reste 70 € nets. L’État prend 30 €.
Conséquence directe : même si ta banque affiche un taux brut alléchant — par exemple 3 % pendant trois mois pour attirer de nouveaux clients — tu dois toujours raisonner en taux net. Un livret bancaire à 3 % brut, ça donne en réalité 2,10 % net après PFU. Ce qui n’est pas forcément meilleur qu’un Livret A à 1,70 % net… surtout si l’offre promotionnelle ne dure que quelques semaines.
Le réflexe à prendre : toujours comparer des taux nets entre eux. Les livrets réglementés affichent directement leur taux net (l’exonération est intégrée). Les livrets bancaires affichent un taux brut — il faut le multiplier par 0,70 pour obtenir ce que tu touches réellement.
CEL et PEL : les livrets logement qui surprennent
On les oublie souvent dans les comparatifs, pourtant deux produits méritent un mot.
Le CEL (Compte Épargne Logement) rapporte 1,25 % — mais ses intérêts sont soumis à la flat tax de 30 %. Net : environ 0,875 %. C’est l’un des placements les moins rémunérateurs du marché en ce moment. Son seul intérêt : ouvrir des droits à prêt immobilier dans certaines conditions.
Le PEL (Plan Épargne Logement) ouvert en 2026 rapporte 2,00 % brut, également soumis à la flat tax de 30 % (règle applicable à tous les PEL ouverts depuis 2018). Net : 1,40 %. Le plafond de dépôt monte à 61 200 €, ce qui peut sembler attractif — mais à 1,40 % net, le Livret A à 1,70 % net fait mieux, sans contrainte de durée.
Ici, le deal est différent de celui du Livret A : l’État n’exonère pas, mais il propose une enveloppe structurée avec un taux garanti dans la durée et des droits à prêt. Ce n’est pas inutile, mais ce n’est plus le couteau suisse qu’il était avant 2018.
Comment choisir en pratique
Voici la logique à suivre, dans l’ordre :
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Commence par le LEP si tu y es éligible. 2,50 % net exonéré, c’est le meilleur taux sans risque disponible aujourd’hui. Il dépasse même légèrement l’inflation estimée à environ 2 % en 2026 — ce qui n’est pas le cas du Livret A (1,70 %). Vérifier ton éligibilité prend cinq minutes sur service-public.fr.
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Remplis le Livret A et le LDDS ensuite. Ensemble, ils te permettent de placer jusqu’à 34 950 € (un Livret A + un LDDS) en exonération totale, ou jusqu’à 69 900 € pour un couple.
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Méfie-toi des livrets bancaires présentés comme « boostés ». Calcule toujours le taux net (× 0,70) et vérifie la durée de l’offre promotionnelle. Un taux brut attrayant peut fondre à peu de chose une fois la taxe déduite.
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CEL et PEL ont leur place dans une stratégie immobilière précise, pas comme livrets d’épargne généraliste.
Ce qu’on a vu
- Livret A, LDDS et LEP : exonération totale d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux. Les taux affichés sont les taux réels. En échange, l’État plafonne les taux et les dépôts.
- Taux au 1er août 2026 : Livret A et LDDS à 1,70 %, LEP à 2,50 % (maintenu par coup de pouce), valables jusqu’au 31 janvier 2027.
- Livrets bancaires classiques : soumis au PFU de 30 %. Il faut toujours convertir le taux brut en taux net (× 0,70) pour comparer honnêtement.
- CEL et PEL : soumis à la flat tax 30 %, peu compétitifs comme livrets d’épargne pure en ce moment.
- Règle d’or : raisonner en taux net, pas en taux brut.
Demain
On monte d’un cran. Les livrets, c’est bien — mais les plafonds sont vite atteints, et les taux restent modestes. Et si une enveloppe légale permettait d’investir en Bourse tout en payant presque zéro impôt sur les gains ? C’est exactement ce que fait le PEA. Dans l’épisode 3, on explique comment fonctionne la fiscalité du Plan d’Épargne en Actions, pourquoi les cinq premières années sont cruciales, ce qui se passe vraiment si tu retires avant l’heure — et les pièges que personne ne te signale à l’ouverture.
Valide tes acquis
Les questions des jeux viennent des épisodes que tu viens de lire. Choisis ton arène :